Je suis née par césarienne et n’ai pas été allaitée. Ce qui fait de moi un cas d’école représentatif de la planète intestinale du XXIème siècle. (1)

Oui, mais pour comprendre ce que signifie être un cas d’école, il a fallu que je me renseigne. Heureusement, ma voisine qui a sans doute lu le livre m’a expliqué que dans le contexte cela signifie un cas général, habituel.

Donc je suis dans la norme si je comprends bien… Moi qui rêvais d’être différente ! Cela commençait pourtant pas mal puisque je faisais partie de la minorité venant au monde par césarienne. Et puis faire référence au grand empereur romain pour parler de mon arrivée sur terre était déjà un – petit mais réel – signe d’originalité.

Avec les campagnes de promotion de l’allaitement maternel à la fin du XXème siècle, le fait de ne pas avoir été allaitée me rangeait également dans une minorité, certes de justesse, mais minorité quand même.

Mais la planète intestinale… là, cela se complique ! Je sais maintenant depuis plusieurs années que notre intestin est notre deuxième cerveau mais franchement que viennent faire les planètes là-dedans ? 

S’il est vrai que ce que nous mangeons et buvons joue un rôle primordial sur notre fonctionnement global, de là à parler de planète intestinale, je ne suis pas d’accord ! D’abord, une planète, c’est beau, cela fait rêver, certains même sont prêts à dépenser des fortunes pour y aller. Et les photos de mars m’émerveillent toujours …

Mais franchement avez vous déjà vu un intestin ? Non seulement cela ne fait pas rêver  mais – à part les gastro-entérologues – personne n’a envie d’aller y voir de plus près. Donc je réfute ce qui pour moi n’est qu’une alliance de mots. 

De plus, quand je promène avec mon ami la nuit et que nous observons le ciel, nous admirons les planètes, les étoiles, la Grande Ourse, la Voie lactée… mais jamais nous ne pensons à l’intestin ! Mon ami est un passionné d’astronomie, il traque étoiles et planètes avec son télescope, collectionne tous les livres sur ce sujet. Même les romans de fiction pourvu qu’ils parlent du ciel. Jamais je ne l’ai vu avec un livre sur l’anatomie et la physiologie digestives …

Car pour la première fois de son existence, il croyait en quelque chose. Il avait la Foi. La Foi en la littérature. (2)

Geneviève

Merci à : 

1. Giulia ENDERS pour la première phrase de son essai Le charme discret de l’intestin, traduit de l’allemand par Isabelle Liber et paru chez Actes Sud en Avril 2015

et à :

2. J. M. ERRE pour la dernière phrase du roman Le grand n’importe quoi, paru chez Buchet Chastel en février 2016